Mais que devient donc Béatrice ? se demandent peut-être certains d'entre vous. Figurez-vous qu'il y a encore quelques jours, je me posais la même question que vous. Mais que peut-elle donc devenir ?
Souvenez-vous... Béatrice, conservateur à la Bibliothèque Nationale, spécialisée dans les amphores dionysiennes, dont le mari, Philippe, n'a « aucune culture générale », Béatrice qui a la faiblesse de me prendre pour une personne cultivée (du moins plus cultivée que son époux).
Hélas, depuis que nous les avons reçus au printemps 2013, point de nouvelles de Béatrice. Oh, je ne me suis pas inquiétée excessivement : j'ai l'avantage de passer régulièrement devant sa maison et c'est souvent que j'aperçois sa silhouette derrière la fenêtre de la cuisine ou du salon. En janvier, certes, elle avait répondu par mail à mes vœux de bonne année en me demandant si nous étions prêts à venir dîner chez eux. « Mais plutôt deux fois qu'une, Béatrice !», avais-je écrit avec enthousiasme. Depuis, pourtant, aucune nouvelle, pas même de réponse au faire-part de naissance envoyé en mai dernier.
J'avais déjà renoncé à croire qu'un jour nous reprendrions contact, et je le regrettais vivement, quand le hasard, providentiel et opportun, nous poussa, Béatrice et moi, à sortir nos enfants le même jour dans le même parc à la même heure.
« Oh mais c'est toi Albane ! Comme je suis heureuse de te revoir ! »
Le ton était sincère. Béatrice avait l'air vraiment contente de tomber sur moi.
« Nous pensons beaucoup à vous, tu sais, Philippe et moi. Très souvent. »
Béatrice compte sans-doute sur la télépathie pour me donner de ses nouvelles, malheureusement je ne suis pas équipée pour capter ses pensées, ni celles de son mari.
« Et voilà ton petit bébé ! Je suis impardonnable, je n'ai même pas répondu à ton faire-part. Je voulais faire les choses bien, dans les formes... résultat : je n'ai rien fait. »
Nous avons passé un bon moment à discuter sur un banc au soleil. Béatrice m'a donné les dernières nouvelles de sa famille, de son travail au milieu des amphores, le tout entrecoupé de nombreuses protestations d'amitié. « Il faut vraiment qu'on vous reçoive à dîner ! Je vais en parler très vite à Philippe. »
Enfin nous nous sommes quittées, l'heure du dîner approchant. « A très bientôt ! » m'a lancé Béatrice en filant sur sa trottinette derrière ses enfants.
C'était il y a quinze jours.
Depuis, aucun signe de vie de Béatrice.
Difficile de conserver à la fois le patrimoine antique et les amitiés contemporaines...
Sauf peut-être à ce que je me change en statue ?
