vendredi 23 mai 2014

Une toute petite vie

 
Un tout petit corps juste assez long pour tenir au creux de mon bras, une toute petite tête juste assez grande pour remplir la paume de ma main, un tout petit front juste assez haut pour le blottir contre mon cou, de toutes petites joues juste assez rondes pour y poser mes lèvres, une toute petite bouche juste assez grande pour satisfaire ton appétit, une toute petite main juste assez large pour la caresse d'un de mes doigts, de tout petits pieds pas même assez grands pour remplir ton tout petit pyjama...
 
Et tes grands yeux bleus si profonds où plonger mon regard dans ton âme.
 

Notre cinquième enfant est né lundi dernier.

C'est un garçon !


mercredi 7 mai 2014

Xavier : la chance tourne ?

Pardonnez-moi ma longue absence sur ce blog au cours des dernières semaines. Je vous dois des explications, du moins c'est l'usage, et je vous dirais que le coup d'envoi de la naissance approchant, diverses raisons – telles qu'un peu de fatigue, quelques jours de vacances, des anniversaires, et divers préparatifs – m'ont tenue hélas un peu à l'écart de la blogosphère.

Désormais, alors que ses voilages nimbent une nouvelle fois le berceau installé dans notre appartement, que le choix des prénoms est définitivement arrêté, qu'une valise à moitié remplie encombre la chambre, que j'ai achevé les travaux de couture prévus pour le nouveau-né (et pour moi-même), mis un point final à notre déclaration d'impôts et à quelques autres corvées domestiques, je me fais un plaisir de vous retrouver sur ce blog avant que les événements familiaux à venir très prochainement ne m'en laissent à nouveau moins le temps.

Mais à vrai dire il s'est passé quelque chose de si extraordinaire que je ne pouvais pas ne pas vous en rendre compte sur ce blog.

Il faut que je vous raconte.

Il y a quelques jours, nous étions conviés à dîner chez des amis, ainsi que quatre autres invités, parmi lesquels l'une des figures-clés de ce blog – j'ai nommé Xavier, que sans doute vous n'avez pas oublié.
Nous avons passé une très bonne soirée, agrémentée de la conversation de ce dernier, dispensant généreusement, à l'intention des convives qui en ignoraient le détail, le récit de l'incendie de sa maison, de celui qui a suivi dans son appartement provisoire, et du goût de son fils pour les déguisements de pompiers.

Je connaissais bien-sûr les anecdotes en question, mais une chose me troublait tandis que je les entendais ainsi relatées : contrairement à son habitude, Xavier, nonchalamment accoudé au dossier de sa chaise, dégustant son couscous et vidant son verre de vin rouge, avait l'air étonnement détendu, presque serein.

J'attendais malgré tout avec une impatience croissante, et une pointe d'anxiété, le nouveau chapitre de ses aventures : un troisième incendie, ou peut-être de nouvelles malédictions familiales, éventuellement le récit d'une inondation domestique, d'un cambriolage, ou de quelque autre sinistre.

Mais rien ne vint. Jusqu'à ce que j'entende Xavier demander brutalement :

- Et savez-vous ce qui s'est passé ce matin, au match de hockey de notre fils ?

Vous imaginez combien cette question a pu éveiller ma curiosité.

- Nous avons gagné à la tombola : quatre places pour un spectacle de cirque !

Il semble bien que la chance ait tourné. Xavier, que certains parmi les lecteurs de ce blog surnommaient « Monsieur La poisse », Xavier, cette année, pourra offrir à ses enfants, au lieu du spectacle terrifiant des flammes dévastant sa maison, celui, féerique, de clowns désopilants, d'habiles jongleurs et de formidables dompteurs évoluant sur la piste sous le regard émerveillé des spectateurs.

Vous comprenez désormais que je ne pouvais garder plus longtemps cette incroyable nouvelle pour moi seule.


Ceci dit, attention aux cracheurs de feu tout de même...

mardi 25 mars 2014

Le scoop du jour

Cela a été pour moi la même surprise que lorsque j'ai appris que mon professeur de physique, en cinquième, était enceinte ; que Nicolas Sarkozy allait épouser Carla Bruni, que, la première de toutes mes amies, Caroline allait avoir un bébé, que le Père Noël n'existe pas (mais qu'il existe quand même), que ma cousine Zoé allait se marier, que mon vieil ami Pierre-Xavier m'avait envoyé un mail après dix ans sans aucune nouvelles, qu'un ami, Victor, allait se faire moine, que mon amie Ludivine avait enfin terminé ses quatorze années d'études de médecine, qu'après trois garçons je venais de mettre au monde une fille (j'ai quand-même vérifié deux fois pour être sure), qu'un ami de mon mari, Loïc, avait ramené une thaïlandaise avec lui de son dernier voyage en Asie (et qu'il l'a épousée depuis), que la matière est constituée d'atomes, que le parrain de ma sœur, Jean-Gustave, était mort à l'âge de cinquante ans, et que Xavier avait subi un deuxième incendie en moins d'un mois.

Le choc que j'ai ressenti concerne un individu que je croise tous les matins devant sa maison depuis trois ans. Un peu plus sec l'hiver, un peu plus vert l'été, l'air toujours un peu revêche, il n'a quasiment pas changé au cours des derniers mois, et je le réduisais, trop vite sans doute, à ses grandes qualités culinaires.

Jusqu'à ce que, hier matin, en passant devant lui, je découvre que le pied de romarin qui orne l'un des jardinets de la rue d'à côté, était en fleurs. De délicates petites fleurs bleues discrètes dont jamais je n'aurais soupçonné l'existence entre les branches vertes aux feuilles dures et coriaces.
 


J'ai descendu dans mon jardin...
 
Autant vous dire que désormais, plus rien ne peut m'étonner.

A moins que vous ne m'appreniez que Tante Ursule vient de me léguer toute sa fortune...
 
 
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vendredi 21 mars 2014

Le petit arbre en fleurs

Discrètement abrité des regards, il se fait oublier, toute l'année, ne se laissant apercevoir qu'à condition de pencher la tête par la fenêtre de la chambre au Nord. Il se fait oublier, sauf lorsque les temps sont mûrs, à l'époque où le printemps envoie ses premiers signes.

Il a senti sur ses branches nues un rayon inattendu, et avec la lumière douce qui baignait sa ramure une douce chaleur a réchauffé sa sève endormie. Il a tressailli, redressant ses bourgeons vers le ciel et puisant dans l'azur l'espoir et la vie qui s'étaient échappés tout l'hiver. Alors, discrètement abrité des regards, une par une il a fait jaillir ses fleurs et s'est couvert de son éclatante parure blanche.

Il y a quelques jours j'ai été surprise de le voir si tôt si beau et frais, et chaque jour en levant et baissant les stores, j'ai penché la tête par la fenêtre de la chambre au Nord pour voir éclore sur ses branches frêles les boutons immaculés, duveteux et soyeux dans la fraîcheur de l'aube ou la douceur du couchant doré. Dans sa blancheur virginale, à peine effleuré par un souffle de vent, nourri de la seule pureté de l'air, discrètement abrité des regards, il offrait fièrement sa splendeur printanière au bleu profond des cieux limpides.

Mais cette nuit le vent s'est levé et l'averse tombe sans discontinuer, abattant sans pitié à terre les fragiles pétales blancs alourdis par les gouttes. Le ciel couvert est d'un blanc grisâtre et dans la brume les pauvres fleurs flétries semblent devenues grises aussi. Le printemps est venu, le printemps est parti, et quand il reviendra le petit arbre aura perdu toute sa parure.

Mais la vie, mais l'espoir, malgré la pluie, malgré le froid, ne s'endormiront pas, et quand il reviendra le printemps trouvera le petit arbre couvert de feuilles tendres et attendant l'été.
 



 
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mercredi 12 mars 2014

Quoi de neuf Docteur ?

Février 2011
 
L'aîné de mes enfants, âgé de trois ans, attrape un banal rhume. Le malade ne sachant pas encore se moucher malgré mes invitations répétées, le rhume dégénère quelques jours plus tard en une vilaine bronchite.

Je me rends au cabinet médical : le Docteur Philippe, un jeune médecin de trente ans environ, tout juste sorti de l'internat, nous reçoit et examine son petit patient.

« Il sait se moucher ? » interroge-t-il la mère sur un ton sévère. «  Parce que, à son âge, il devrait savoir, quand-même. »

Je suis partie un peu penaude, avec mon ordonnance et la désagréable impression de m'être fait réprimander personnellement pour mes lacunes éducatives et leurs néfastes conséquences sur la santé de mes enfants.

 
Février 2014
 
Le troisième de mes enfants, âgé de trois ans, attrape un banal rhume. Le malade ne sachant pas encore se moucher malgré mes invitations répétées (je vous ai dit qu'ils avaient du sang breton dans les veines ?), le rhume dégénère quelques jours plus tard en une douloureuse otite.

Avec un peu d'appréhension, je me rends au cabinet médical : le Docteur Philippe, médecin encore jeune de trente-trois ans environ nous reçoit et examine son petit patient.

« Tu sais te moucher ? » interroge-t-il l'enfant sur un ton compréhensif. « Parce que si tu ne te mouches pas, tu vas avoir mal aux oreilles à chaque fois que tu seras enrhumé. Je suis sûr que tu vas faire un effort, tu es un grand garçon, non ? »

Je suis partie soulagée, avec mon ordonnance, et l'impression surprenante que trois ans peuvent réellement changer un homme.

Surtout si, comme c'est le cas pour le Docteur Philippe, il a eu deux enfants dans le même laps de temps.
 



 


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lundi 17 février 2014

Ça se discute

Après Aymeric, c'était au tour d'Alex, un camarade de classe de l'un de mes fils, de venir déjeuner à la maison. Tout en servant les spaghettis à la bolognaise (dont Alex n'a mangé que les pâtes en laissant la sauce), je lui ai posé quelques questions.

- Et tu t'entends bien avec tes frère et sœur ?
- Des fois oui, des fois non.
- Tu aimes bien aller à l'école ?
- Des fois oui, des fois non.
- Ils sont sévères, tes parents ?
- Des fois oui, des fois non.

Je commençais à regretter intérieurement le peu de détails livrés par notre invité au long de cette série de réponses de normand, quand tout à coup Alex a rajouté :

- Des fois mes parents se disputent.

Cela ne m'étonne pas du tout. J'apprécie beaucoup la maman d'Alex qui est une amie, mais je me suis toujours dit que son mari me paraissait un peu lourd. Intérieurement je me félicite en souriant de ma perspicacité en matière conjugale, quand j'entends une réponse imprévue fuser :

- Oh oui, les miens aussi !

Je décoche un regard sombre à l'auteur de cette répartie, qui n'est autre que mon fils aîné. Puis je rectifie :

- On ne se dispute pas, on discute, ton papa et moi. Sur un ton un peu soutenu, peut-être, mais on discute. Et rarement, en plus.

Il y a certaines nuances qui échappent aux enfants, et c'est bien malheureux.

J'en étais là de mes sombres réflexions, lorsque j'entendis Alex apporter la précision suivante :

- Et des fois quand ils se disputent ils disent des gros mots.

Je relève la tête fièrement. Mon mari et moi, quand il nous arrive - rarement - de discuter sur un ton un peu soutenu, nous ne disons pas de gros mots.

L'honneur est sauf.
 
 
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jeudi 13 février 2014

Les coups

Dans la vie, il y a toutes sortes de coups. Les coups qui blessent et ceux qui tuent – coups de bâton, coups de poignard ou coups de massue, ceux qui sonnent, des coups de cymbales aux coups de tambour, ceux qui tombent tels les coups de foudre et ceux qui s'envolent, coups d'aile et coups de vents, ceux qui émeuvent – coups de foudre et coups de cœur, ceux qui attristent – coups de blues et coups de cafard ; ceux qui chauffent et ceux qui glacent – coups de chaud, coup de froid ; les coups de Jarnac qui trahissent et les coups de grâce qui achèvent.
 
Ceux que la vie nous réserve, coups du sort et coups de théâtre, ceux qui tentent, coups d'essai et coups de chance, ceux qui soulagent, coups de pouce et coups de main, ceux qui surprennent : coups de folie, coup de génie.
 
Il y a ceux qui pleuvent et ceux qui volent, ceux qu'on porte et ceux qu'on reçoit, ceux qu'on rend coup pour coup, ceux qu'on accuse et ceux qu'on paye ; les coups de génie et les coups pour rien ; les trois coups, les douze coups de minuit, les quatre cents coups et les volées de coups ; les coups de jeune, les coups de vieux, les coups de tête, les coups doubles, les coups d'état. Il y a le coup de l'étrier et les coups de folie, les coups du lapin et les coups de bec, les coups de filet et les coups de maître, les coups tordus, les coups fourrés, les coups de chance.
 
Durs ou secs, puissants, violents, bas ou défendus, fourrés ou montés, nombreux sont les mauvais coups...
 
Mais pour le coup, il en est de doux, de légers, comme des caresses, plein de promesses, ce sont les coups – coups de pieds, coups de poings – que je ressens de l'intérieur, ceux qui me prouvent qu'à coup sûr un jour prochain de la fin du printemps, agrandissant encore un coup la famille, notre cinquième enfant tout à coup jettera son premier coup d’œil sur le monde.

 Coup d'envoi prévu fin mai !
 


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