Cela a été pour moi la même surprise que lorsque j'ai appris que mon professeur de physique, en cinquième, était enceinte ; que Nicolas Sarkozy allait épouser Carla Bruni, que, la première de toutes mes amies, Caroline allait avoir un bébé, que le Père Noël n'existe pas (mais qu'il existe quand même), que ma cousine Zoé allait se marier, que mon vieil ami Pierre-Xavier m'avait envoyé un mail après dix ans sans aucune nouvelles, qu'un ami, Victor, allait se faire moine, que mon amie Ludivine avait enfin terminé ses quatorze années d'études de médecine, qu'après trois garçons je venais de mettre au monde une fille (j'ai quand-même vérifié deux fois pour être sure), qu'un ami de mon mari, Loïc, avait ramené une thaïlandaise avec lui de son dernier voyage en Asie (et qu'il l'a épousée depuis), que la matière est constituée d'atomes, que le parrain de ma sœur, Jean-Gustave, était mort à l'âge de cinquante ans, et que Xavier avait subi un deuxième incendie en moins d'un mois.
Le choc que j'ai ressenti concerne un individu que je croise tous les matins devant sa maison depuis trois ans. Un peu plus sec l'hiver, un peu plus vert l'été, l'air toujours un peu revêche, il n'a quasiment pas changé au cours des derniers mois, et je le réduisais, trop vite sans doute, à ses grandes qualités culinaires.
Jusqu'à ce que, hier matin, en passant devant lui, je découvre que le pied de romarin qui orne l'un des jardinets de la rue d'à côté, était en fleurs. De délicates petites fleurs bleues discrètes dont jamais je n'aurais soupçonné l'existence entre les branches vertes aux feuilles dures et coriaces.
J'ai descendu dans mon jardin...
Autant vous dire que désormais, plus rien ne peut m'étonner.
A moins que vous ne m'appreniez que Tante Ursule vient de me léguer toute sa fortune...

